Projet de médiation animale

Les projets de médiation animale prennent formes. Cerise interviendra prochainement auprès des personnes âgées en tant que chien-visiteur.

Une convention d’intervention a été signée avec l’EPHAD de Tavaux. Cerise ira jouer et faire le clown au sein de cette maison de retraite un jeudi par mois. Magali, la propriétaire d’Elka, nous accompagnera.

Je dois rencontrer ce jeudi 15 décembre une responsable du service gériatrie de l’hôpital de Dole. Cerise a déjà passé son entretien d’embauche avec succès. Ce fut un moment fort en émotion. J’ai donc préféré laisser passer du temps avant de vous en faire un compte-rendu.
La visite de Cerise dans le service gériatrie est le résultat d’une suite de belles rencontres avec des personnes sensibles au bien-être des personnes âgées et personnes handicapées. Je n’ose pas citer leur nom ici.
En allant à l’hôpital pour une première rencontre avec la personne intéressée par la médiation animale, j’étais loin de me douter de ce qui nous attendait Cerise et moi… Un rendez-vous assez classique pour faire connaissance et parler du projet. On me demande de venir avec Cerise, logique, il vaut mieux voir l’animal sur pattes. Après une discussion autour d’un thé et d’un café avec le personnel concerné par les interventions de Cerise, on me propose une visite de l’établissement et des services. Jusque là tout va bien…
Un escalier nous conduit au premier étage, nous arrivons dans un couloir, Cerise tire sur sa laisse et essaie d’avancer. Je suppose que certaines odeurs la dérangent, même si moi je ne sens absolument rien. Des infirmières et des aides soignantes sont dans le couloir, elles sont surprises de voir un chien. Tout le monde est en blouse blanche… Cerise ignore ce côté sérieux et remue son petit popotin devant la première personne qui s’intéresse à elle. Ne pas faire le kangourou, ne pas faire le kangourou. Pourvu que la télépathie fonctionne ! Je cramponne la laisse. Pourquoi ai-je pris un berger kangourou australien ?!? La cadre supérieure (vous savez, les belles rencontres) explique avec humour à tout le monde qu’elle avait le choix au niveau du recrutement entre une aide soignante supplémentaire ou Cerise. Elle a choisi Cerise. Elle ajoute que Cerise doit être impressionnée par son entretien d’embauche. Elle en profite pour rappeler à tous que elle aussi avait été impressionnée la première fois où elle était entrée dans un hôpital pour y exercer sa profession. Quelle indulgence devant mon chien de traineau… Une dame est en fauteuil à l’entrée de sa chambre. Elle demande à Cerise de s’approcher pour la caresser. Tout se passe bien. Nous avançons dans un couloir : moyens séjours, longs séjour, etc. Je ne sais plus trop où nous sommes, je suis le mouvement en cramponnant Cerise pour me rassurer. Cerise s’arrête devant une chambre à la porte ouverte. Je lui demander de continuer, mais elle freine. Je demande si je peux aller voir la personne allongée sur son lit car Mon Kangourou semble s’y intéresser. J’approche lentement et salue la dame en la questionnant pour savoir si elle souhaite rencontrer Cerise. Le oui est immédiat : bien vu Choup ! Nous repartons après quelques instants de bonheur.
Difficile de rédiger un compte-rendu de chaque situation. Le plus émouvant s’est déroulé dans une salle commune. J’entends quelqu’un qui explique « Vous voyez Mme D. Je vous avais bien dit que c’était mieux que le Père Noël ! » Je me retourne et vois une infirmière qui pousse vers nous une dame en fauteuil qu’elle est allée chercher dans sa chambre. La dame semble émue. « Oh oui, oh oui ! » Je fais approcher Cerise du fauteuil. La dame la caresse « Je suis contente, je suis contente ». Des larmes coulent le long de ses joues. J’essaie de garder une contenance. Cerise se laisse caresser calmement. « Ça vous fait plaisir Mme D. ? » « Oh oui, j’aime les bêtes. » La première émotion est passée. Elle caresse à nouveau Cerise, dit quelques mots et se remet à pleurer. Je me retourne en murmurant « Là, c’est moi qui vais mal… C’est beaucoup, j’ai des difficultés à gérer… » Je suis entourée par trois infirmières qui me sourient. « C’est normal vous savez. Nous on a l’habitude, mais c’est toujours un peu dur. » Je cherche du regard la cadre supérieure pour me rassurer. J’ai l’impression d’être dans un autre monde, chaque mouvement, chaque parole de ces personnes âgées est chargé d’une émotion particulière. Je m’aperçois que la bienveillante personne qui a accepté Cerise au sein de son service est juste derrière moi. Je me sens soutenue par tout le personnel. Merci !
Nous nous dirigeons vers un secteur plus protégé destiné aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Une porte électronique gère l’accès à cette partie de l’hôpital. La pièce dans laquelle nous arrivons est spacieuse et lumineuse. Cerise commence à fatiguer. Je suis consciente que je lui en demande beaucoup, beaucoup trop même. Nous saluons les dames et les messieurs présents. Un monsieur me précise « J’ai été maître-chien à l’armée pendant 5 mois. » M’aurait-il adressé la parole si je n’avais pas eu Cerise au bout de la laisse ? « Tu es un chien bien gâté toi ! » dit une dame. Je lui précise que Cerise est une fille. Elle me répond alors avec un large et doux sourire « C’est une demoiselle alors. » Je trouve la précision poétique. Nous poursuivons notre tour. Cerise semble naturellement différencier les personnes valides qu’elle bouscule légèrement. Quand je la reprends sur sa brusquerie, je n’ai que des « Mais non, ça va , laissez la faire ! » Elle est d’une douceur exemplaire avec les personnes moins valides. Sacrée Choup !
La cadre supérieure (c’est dommage de ne pas pouvoir écrire son nom) me demande alors de détacher Cerise pour voir comment elle réagit. Glups… J’ai prévenu lors de notre réunion que Cerise était capable du meilleur comme du pire. C’est l’indéniable charme de ma chienne… Je regarde Cerise, je sais qu’elle est fatiguée. Je me penche à sa hauteur et lui dit « Cerise, je sais que tu es fatiguée, mais je te fais confiance, tu peux faire encore un effort ? » Elle me regarde sagement. Je détache la laisse « Cerise, va. » Mon Kangourou reste assis à me fixer, elle semble exténuée. « Aller va débrouille toi… » Le fameux « débrouille toi » qui l’autorise à prendre toutes les initiatives qui lui paraissent judicieuses. Elle se décide à fureter. Direction la petite cuisine puis le pot de compote qui traine sur une table à hauteur de truffe. « Pas toucher » Ok, demi-tour. Elle s’intéresse au sac d’une dame…qui en sort un paquet de gâteaux. Cerise ! Le pire comme le meilleur… Elle fait son tour dans un calme qui m’impressionne. Elle retourne vers les personnes sagement, évite celles qui refusent sa présence. Quelle capacité de discernement !
Il y a eu un autre épisode émouvant dans cette partie de l’hôpital, mais je pense en avoir déjà écrit beaucoup.

Au final, Cerise avait fait le pire dans la minute qui a suivi notre arrivée à l’hôpital. Je dis bonjour au secrétariat : Cerise met les deux pattes sur le comptoir pour mieux voir la personne à qui je m’adressais… Je lui demande de descendre toute confuse, essuie les deux traces de pattes avec le revers de ma manche. Ça commence bien… Et rebelote, Choup remet les deux pattes sur le comptoir… Heureusement, la cadre supérieure qui a vu la scène de loin n’en a pas tenu compte. La première impression aurait pu être la mauvaise…

Un autre projet verra peut-être le jour sur le lieu de travail de Magali. Hénaff sera certainement la première à mettre les pattes là-bas. Nous souhaitons intégrer les animaux en douceur et nous laisser le temps de prendre nos marques avant d’amener des chiens. Affaire à suivre…

Petites précisions pour tous ceux qui chercheraient à savoir pourquoi je me lance « là-dedans ». Tout simplement parce que c’était un de mes objectifs avant même de prendre Cerise. Je partage ma chienne bénévolement. Cela me prends du temps et me coûte de l’argent pour les déplacements, mais je suis heureuse de pouvoir le faire. Cela m’apporte de la joie. Pouvoir faire entrer des animaux dans des lieux où ils sont ordinairement refusés est un défi que je partage avec d’autres et notamment le personnel qui nous a accueilli aussi chaleureusement à l’hôpital de Dole. Parce que Cerise m’apporte du bonheur au quotidien, j’ai envie de partager ce bonheur avec ceux qui sont privés d’animaux.
Merci à tout le personnel de l’hôpital de Dole pour le merveilleux accueil qu’il nous a réservé !
Merci à Cerise ! Bravo Choup ! Le meilleur comme le pire… Voici ce qui résume ma chienne !